Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans Hugo et les rois Être et Avoir, c’est la manière dont les apprentissages sont volontairement simplifiés et rendus plus accessibles. Les notions grammaticales complexes y sont traduites dans un langage plus concret : le complément d’objet direct devient le quoi ou le qui, l’attribut du sujet devient le qui est-ce qui ?
Cette approche m’a semblé précieuse à une époque où de nombreux enfants peinent à intégrer des notions longues, complexes et très codifiées. Le langage scolaire est parfois dense, technique, et demande une capacité d’abstraction importante. Pour certains élèves, ce langage devient un obstacle avant même que le sens n’apparaisse.
Le livre propose une forme de vulgarisation qui ne cherche pas à appauvrir les apprentissages, mais à les rendre d’abord compréhensibles. Il s’agit moins de nommer immédiatement les concepts que de permettre aux enfants de saisir ce qu’ils font, ce qu’ils manipulent, ce qu’ils cherchent. Le vocabulaire savant pourra venir ensuite, une fois les bases posées.
Cette manière de faire m’interroge d’autant plus que les enfants grandissent aujourd’hui dans un environnement où tout va très vite. Les informations sont souvent fragmentées, consommées rapidement, parfois sans continuité. Le temps de l’attention est plus court, la patience mise à l’épreuve, et l’effort prolongé plus difficile à soutenir. Dans ce contexte, demander aux élèves d’entrer d’emblée dans des notions complexes, longues à installer, peut renforcer le décrochage.
Simplifier, dans ce cadre, ne signifie pas céder à la facilité ou renoncer à l’exigence. Cela peut au contraire permettre de redonner du temps aux apprentissages. Du temps pour comprendre, pour manipuler, pour se tromper, pour revenir sur une notion sans se perdre dans des termes qui n’ont pas encore de sens.
Ce que ce livre m’a fait penser, c’est que certains enfants ne refusent pas la complexité, mais qu’ils ont besoin qu’on y arrive autrement, plus progressivement. Quand tout va vite autour d’eux, quand les sollicitations sont constantes, offrir un chemin plus lisible et plus lent peut devenir une véritable aide.
Peut-être que, face à cette génération habituée au défilement rapide et à l’immédiateté, la question n’est pas de simplifier les savoirs, mais de simplifier les chemins qui y mènent.
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