Montessori : entre enthousiasme et désillusion

Publié le 30 janvier 2026 à 11:41

La pédagogie Montessori m’a d’abord profondément séduite. Les outils proposés, notamment pour l’apprentissage de la lecture, me paraissent d’une grande cohérence. Apprendre les sons des lettres avant leur nom me semble tout à fait logique, et le matériel est souvent progressif, structurant, rassurant pour l’enfant. On sent une vraie réflexion sur la manière d’entrer dans les apprentissages, étape par étape, sans brusquer.

J’ai également été très sensible à l’environnement de travail. Les classes sont calmes, ordonnées, apaisantes. Pour l’enseignant, travailler dans ces conditions est particulièrement agréable. Le bruit est limité, les déplacements mesurés, l’atmosphère sereine. Dans un contexte où l’enseignement peut être éprouvant, cet aspect est loin d’être anecdotique.

Pourtant, au fil des observations, une forme de désillusion est apparue. J’ai vu des enfants très centrés sur leur travail individuel, parfois peu attentifs aux autres, peu intéressés par ce que faisaient leurs camarades. Chacun semblait suivre son propre chemin, de manière autonome, mais aussi parfois isolée. Le collectif, dans ces moments-là, semblait en retrait.

J’ai également observé chez certains enfants une forme d’ennui face à la répétition des activités. Si la répétition fait partie intégrante de la méthode, elle peut parfois devenir mécanique, laissant peu de place à la surprise, au jeu, ou à l’élan spontané. Certains enfants semblaient appliquer des gestes bien maîtrisés, sans toujours y trouver de réel plaisir ou de nouveauté.

En parallèle, en observant des classes relevant du système dit « classique », j’ai été frappée par une autre dynamique. Malgré des conditions souvent plus bruyantes, plus chargées, les enseignants m’ont semblé plus ouverts dans leurs pratiques. Moins enfermés dans un cadre strict, ils s’autorisaient davantage d’adaptations, de créativité, d’improvisation. Le collectif y occupait une place centrale : échanges entre élèves, interactions constantes, énergie partagée.

Ce qui m’a marquée, ce n’est pas tant l’opposition entre deux systèmes que la différence de place accordée au groupe. Là où certains cadres très structurés favorisent le calme et l’autonomie individuelle, d’autres laissent davantage de place au mouvement, à la parole, à l’imprévu, et à la vie collective. Or, apprendre ne semble pas être uniquement une affaire individuelle ; cela se joue aussi dans le regard des autres, dans l’imitation, dans les échanges et les tensions parfois fécondes du groupe.

Ces observations ne m’ont pas conduite à rejeter une pédagogie au profit d’une autre. Elles m’ont plutôt amenée à m’interroger sur l’équilibre à trouver entre le travail individuel et la dynamique collective, entre un cadre sécurisant et la liberté pédagogique, entre la répétition et le vivant.

Peut-être que la question n’est pas de choisir une méthode idéale, mais de rester attentif à ce que produisent concrètement les pratiques sur les enfants, dans leur rapport aux autres, au savoir et au plaisir d’apprendre.

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